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Les réseaux sociaux regorgent de vidéos présentant des conseils et des tendances en matière d’alimentation. Mais cela devient problématique lorsque des tendances malsaines ou des demi-vérités sont diffusées.
«Le pain est ton ennemi!», «Notre eau potable nous empoisonne!», «Ces dix aliments entraînent une mort prématurée!»… De telles affirmations alarmantes inondent régulièrement les fils de contenus des jeunes sur Instagram ou TikTok. Le message semble clair: certains aliments seraient dangereux, mais heureusement l’expert autoproclamé a la solution parfaite.
C’est justement là que le danger guette, explique le Dr Torsten Bohn, du Luxembourg Institute of Health (LIH): «Les réseaux sociaux regorgent d’innombrables opinions personnelles, vendues sous le couvert d’un “titre de docteur”. Au premier abord, cela semble digne de confiance. Mais en tant que consommateurs, nous ne savons pas si la personne possède réellement un doctorat, dans quel domaine, et si elle a vraiment une expertise en matière de nutrition.»
Certes, des études sont citées dans certaines vidéos, mais hors contexte, elles peuvent être trompeuses. «La science de la nutrition n’est pas un domaine exact comme les mathématiques», souligne le Dr Bohn. «Elle se base sur des années d’observation et nécessite de grandes quantités de données pour pouvoir faire des déclarations fiables. Des adaptations des recommandations à l’état actuel des connaissances ont lieu.»
C’est ainsi que certaines affirmations fausses ou semi-fausses ont la vie dure. En voici quelques-unes:
Mais comment démasquer ces informations erronées? En général, il conseille de consulter plusieurs sources. «On devrait se fier, pour les conseils nutritionnels, à des institutions qui sont scientifiquement fondées et qui ne sont pas trop influencées par l’industrie ou d’autres groupes de pression, comme les sociétés nationales de nutrition, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).» Les associations de consommateurs, comme en Allemagne, apportent également des éclaircissements.
Le Dr Bohn observe avec inquiétude une attitude de plus en plus extrême des jeunes vis-à-vis de l’alimentation, alimentée par les tendances des réseaux sociaux.
D’un côté, il y a des phénomènes tels que les défis «Mukbang», dans lesquels des personnes engloutissent des portions surdimensionnées, par exemple des aliments frits, devant la caméra. «De telles vidéos peuvent sembler amusantes au premier abord, mais je déconseille vivement de les imiter», avertit le Dr Bohn. Les conséquences pour la santé peuvent être graves: «En cas d’absorption rapide de nourriture, la sensation de satiété fait défaut. À long terme, on risque non seulement l’obésité, mais aussi des maladies cardio-vasculaires comme un risque accru d’attaque cérébrale.» Le décès tragique d’un TikToker de 24 ans qui postait quotidiennement de telles vidéos souligne ce danger.
À l’autre extrémité du spectre, on trouve «SkinnyTok», où la faim est glorifiée et où une discipline excessive est commercialisée comme un style de vie. Ou encore la tendance du «clean eating», qui consiste à ne consommer que des aliments non transformés. «Cette fixation obsessionnelle comporte un risque élevé de troubles alimentaires» avertit le scientifique du LIH.
«À un moment donné, tout tourne autour de la nourriture. Surtout si l’on commence à s’interdire certains aliments, la tentation de consommer précisément ces aliments devient écrasante.» Après tout, la nourriture devrait aussi pouvoir procurer un certain plaisir.
La forme d’alimentation parfaite pour tous, souvent propagée sur les réseaux sociaux, n’existe pas. Ce qui fonctionne pour l’un peut être plutôt inadapté pour d’autres. «Le jeûne intermittent peut être pratique pour un employé de bureau qui peut facilement se passer de petit-déjeuner le matin. En revanche, la même méthode pourrait être contre-productive pour un ouvrier du bâtiment exerçant une activité physiquement pénible», explique le Dr Bohn.
Ce qui est décisif, c’est plutôt le tableau d’ensemble: «Comme Paracelse l’avait déjà compris, c’est la dose qui fait le poison. Une alimentation ne devient pas automatiquement “malsaine” si elle contient par exemple occasionnellement des sucreries.»
Selon lui, il est plus important de veiller globalement à consommer suffisamment de fibres sous forme de fruits et de légumes ou de produits à base de céréales complètes, de réduire les boissons sucrées et les produits finis et de manger régulièrement.
La situation au Luxembourg est alarmante: selon Torsten Bohn, plus de 60% de la population lutte contre le surpoids ou l’obésité. Environ 1,5% du produit intérieur brut est consacré au traitement des maladies qui y sont liées, et la tendance est à la hausse.
Au lieu de diaboliser ou d’interdire les aliments, Torsten Bohn plaide pour la prévention: «Nous devons commencer tôt et ne pas attendre qu’il y ait déjà des problèmes de santé.»
Cela commence à la cantine scolaire et se poursuit sur le lieu de travail, par exemple en proposant des fruits plutôt que de simples distributeurs de snacks ou en installant des tables hautes.
Enfin, il est important de faire renaître une véritable culture alimentaire, qui s’est de plus en plus perdue ces dernières années. «Souvent, les gens ne prennent plus le temps de manger et consomment inconsciemment leurs repas devant leur téléphone portable ou leur ordinateur.» Pourtant, les repas devraient à nouveau se dérouler davantage dans un cadre social. Il est donc préférable de bloquer à nouveau les pauses déjeuner dans l’agenda.
Cet article a été publié initialement sur le site du Luxemburger Wort.